Est-ce que le sens de l'histoire habite encore Apple ?
Flashback sur les années 80, et l'apparition fin 1983 du Macintosh.
Les observateurs de l'époque étaient alors éberlués par la bouille sympathique d'une machine parlante, conviviale, bourrée d'astuces ergonomiques, cristallisant enfin une image opposée à IBM, le big brother désigné de l'époque.
Que reste-t-il de l'essence de la firme magique des années 80, qui a su renaître de ses cendre au début des années 2000 ?
Une maîtrise époustouflante de l'industrie : la production de masse d'objets aussi complexes, aussi bien finis, à l'utilisation aussi claire, reste exceptionnelle.
Mais plus unique.
Car la singularité de la firme de Cupertino s'est effritée : auparavant marque confidentielle, adulée des artistes, elle est devenue productrice d'objets de masse. Et donc quelque part totalitaire.
Sans revenir sur les diverses affaires et les soupçons d'abus de position dominante (soupçons consubstantiels à tout succès économique de longue durée), l'image d'Apple est troublée par son modèle économique. Outre sa rigidité et son apparente cupidité, l'Appstore récoltant 30% de toute vente, la Pomme semble stériliser toute pensée en évitant de présenter en boutique des applications offensantes, faisant l'apologie de la concurrence ou politiquement incorrectes. On pense naturellement à des applications présentant des bimbos dans des positions suggestives. Mais pas que. Des magazines traitant d'Android ou de simples caricatures se sont vus retirés de l'étagère virtuelle pour avoir enfreint l'iPhone Developer Program License Agreement.
Alors oui, Apple n'est pas une association de gentils philanthropes. Mais l'image patiemment construite de marque tolérante, sympathique et mondialisée se trouve méchamment écornée.
Et pendant ce temps, la concurrence, sur un fond une guerre acharnée juridique, a eu le temps d'emporter une autre bataille, technologique.
La prise en main du Samsung Galaxy Note ne laisse aucun doute là-dessus : outil fluide, puissant, ingénieux, il libère la puissance du web dans un format atypique.
Les 5,3 pouces de l'écran, lumineux et très bien défini, emportent la conviction. La maturité d'Android ne laisse plus de doute aux lassés des iPhone engourdis par des iOS surdimensionnés pour la maigre puissance de leur 3GS. Regardez les fonds d'écran animés s'adaptant aux prévisions météos pour être convaincu que l'inventivité ne réside plus simplement sur la côté ouest des Etats-Unis.
La prise en main reste sujette à critique (l'outil est large), mais la légèreté, la finesse, les capacités et l'utilisation intuitive compensent largement ce parti pris.
Enfin, l'ouverture du marché d'Android reste enviable. En passant d'iOS à Android, on a d'ailleurs le sentiment de passer d'un Disneyland stérilisé à un environnement polymorphe, moins rassurant mais apparemment plus libre.
Apple est donc clairement débordé. L'air du temps passe pour ce set à la concurrence, même si l'évolution de l'écosystème bâtit au 1 Infinite Loop (autour d'un iCloud simplissime) et l'apparition de l'usine à blanchir les MP3 (iTunes Match) sont susceptibles, à nouveau, de modifier la tendance en 2012.
N'oublions pas d'ailleurs que Google affronte aussi ses propres démons. Est-il logique de se méfier d'Apple en cédant aux tentaculaires services de Google, à la mémoire indélébile ?
Prenons juste garde à ne pas répandre toute notre identité numérique dans le "cloud". Une grande part d'intimité mérite d'être conservée à l'ancienne : dans un album photographique bien physique, dans un calepin et surtout... dans notre mémoire.
mardi 20 décembre 2011
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