Les promenades numériques dans les réseaux sociaux révèlent souvent le pire, comme le meilleur.
Nous sommes tous déjà tombé sur les photos de soirées avinées de proches ou de parfaits inconnus, sur le lolcat du moment, sur la chaîne-à-ne-pas-rompre-sinon-un-piano-va-tomber-sur-votre-tête et j'en passe.
Ce flot cache pourtant parfois quelques rayons de soleil qui nous rappellent un truisme : cet énorme bazar n'est que le reflet de notre pâle humanité.
Et dans le rayon "fascination pour les trucs qui ne servent à rien", la "little printer", trouvée par hasard sur Twitter, remporte ★★★★★.
Revenons aux bases : ce bidule ressemble furieusement aux premières imprimantes personnelles pour ZX-81 & co avec leurs systèmes d'impression thermique, abandonnés depuis aux seuls terminaux de paiement. Avec, d'ailleurs, un design proche du matériel à la mode durant ces douces années 80, fait d'angles rugueux et de couleurs blafardes.
Le génie de cette petite imprimante, c'est qu'elle ne servira évidemment pas à reproduire le dernier Powerpoint de votre brillante équipe de consultant. Sa vocation consiste à matérialiser toutes ces informations égarées dans le cloud, votre liste de course, le temps qu'il fait, les derniers cours de la bourse et conclut le tout par un sourire discret digne d'Edgar d'Electric Dreams.
Et c'est ce contre-pied qui est fabuleux ! Alors que nos iBazar et Galaxy Daube concentrent de plus en plus d'informations égarées dans les recoins de nos espaces, physiques et logiques, nos petits consultants de Berg se sont précipités à recomposer, sur des gammes délicieusement rétros, un objet aux antipodes des écrans Retina.
"Low Tech is The New High Tech" lance The Evening Standard. Et c'est bien ce mouvement pendulaire de l'histoire que l'informatique subit, des claviers pour gamers qui font de vrais clics-clics aux Commodore 64 boostés à coup de Intel i7 ou aux jeux récents qui auraient pu être créés par David Crane.
Alors évidemment, tout cela révèle naturellement de la nostalgie ("c'était mieux avant", "au moins on s'amusait des trois pixels monochromes que la télé recrachait avec peine", "le minitel se connectait du premier coup") mâtinée d'une régression quasi enfantine.
Au-delà, ce gadget illustre les limites atteintes de la virtualisation (réelle, rêvée, fantasmée ou crainte). La mécanique de nos cinq sens reste indispensable pour s'approprier l'environnement et la complexité des informations recelées.
De plus, que retiendra l'histoire de l'immatériel ?
Si ça se trouve, l'homo-sapiens du Magdalénien a peut-être éprouvé le même sentiment de perplexité devant la futilité des peintures répandues dans les grottes de Lascaux.
Une certitude : la "little printer" ne laissera pas de traces indélébiles à nos descendants, l'impression thermique étant par nature éphémère.
Merci donc d'éviter de rédiger les futurs manuscrits de la mer morte sur votre page Facebook et de les imprimer ensuite sur votre petite imprimante. Y'a un risque de passer à côté de quelque chose d'important.
dimanche 11 décembre 2011
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