Il y a parfois des paradoxes sympathiques.
Quand je lis l'interview d'un jeune gars talentueux comme Anthony Gonzalez (aka M83) qui affirme dans un article egocentré "J'ai toujours eu le sentiment que ma musique était moins forte, moins belle que celle des autres. Quand j'écoute les Fleet Foxes ou Emeralds, je me dis que je ne suis qu'une merde. Je commence à mieux le vivre, mais j'ai toujours eu du mal à m'assumer", et bien je trouve cela rassurant.
Les commentateurs bon teint des blogs (aka les trolls) pourront toujours juger qu'il n'a pas inventé l'eau tiède : la démarche artistique, consistant à s'exposer, à livrer sa vision du monde, est toujours risquée. La critique ensuite est aisée. Faut-il juste s'en tenir à l'oeuvre...
Et ce sixième album mérite que l'on s'attarde quelques minutes (heures ?) à son contenu. En résumé, la galaxie en spirale Messier 83 (ayant a priori inspiré le baptême du groupe) illustre assez bien le résultat : tentaculaire.
Anthony Gonzalez (sans son compagnon de route Nicolas Fromageau, parti pour d'autres aventures avec Team Ghost) aspire en son centre la quasi intégralité des teintes musicales d'il y a trente ans, pour les illuminer en un magma "grandiloquent, beau et assumé" (les Inrocks, n°832, p.86).
Se mélangent ainsi des couleurs mâtinées de New Order (les synthés de Intro), de Men at Work (les leads vocaux du single Midnight City), de U2 (les riffs de Reunion), de Level 42 (les slaps de Claudia Lewis), de Tears for Fears (le souffle de New Map), de Huey Lewis & The News (les synthés de OK Pal), de Vangelis (Another Wave from You), de Talk Talk (le piano mélancolique de Splendor) dans un tableau hétéroclite brossant à grands traits l'imagerie anglo-saxonne et américaine distillée sur MTV dans les 80's, décennie de naissance du sieur Gonzalez.
La fusion rétro s'avère plutôt réussie pour les fans de shoegazing, ayant grandi ou baigné dans des nappes naïves s'échappant des Roland et autres Yamaha, soutenues par des touches Rock FM de Stratocaster rutilantes.
L'album passe un véritable mur de son. Il remplit la tête et les yeux d'étoiles. Il renverra même les quadras aux aspirations démesurées qu'ils entretenaient adolescents, lorsqu'ils vissaient leurs walkman sur les oreilles et regardaient au loin l'horizon en allant au collège ou au lycée.
Venons-en aux défauts.
L'histoire qui nous est contée, en deux cédés quand même, n'est rien d'autre qu'un de ces road movies assemblant des morceaux de vies hétérogènes, dans l'espoir de créer du sens.
Au final, persiste donc une impression de scénario infusé dans des pages écrites par Luc Besson, c'est-à-dire bourré de brefs morceaux de bravoure, juxtaposés pour leur seule valeur choc. Sous un prétexte contemplatif, soutenu par la méthode d'écriture - deux nuits dans le désert de Joshua Tree pour se lancer ensuite dans la composition, il nous est livré un LP très illustratif, plastique dont il n'émerge qu'un hédonisme et une urgence acceptés, finalement très typiques de la dizaine d'années post-choc pétrolier.
Pour sincère que soit la démarche, on reste donc sur sa faim, en ne trouvant pas le ciment narratif qu'avait su insuffler MGMT dans l'extraordinaire patchwork d'Oracular Spectacular en 2007.
La maîtrise des bases electro et ambient d'Anthony Gonzalez n'en demeure pas moins époustouflante et l'envie (la boulimie) du bonhomme nous promet de belles pistes à venir.
vendredi 11 novembre 2011
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