Voilà des années, il ne me semblait pas surprenant de tomber sur des pépites musicales en filon, se succédant dans un seul et même album. Depuis lors, l'âge aidant - et devenant peut-être plus acariâtre - j'arrivais à trouver systématiquement le(s) titre(s) qui clochaient dans toute production. Pour dire, le dernier coup de coeur intégral et immédiat remonte pour ma part à Discovery des versaillais Daft Punk.
Air des Yvelines aidant vraisemblablement, seul un groupe d'hurluberlus ayant frayé avec les humains casqués pouvait relever ce défi intime.
Phoenix, crées en 1995 et connus en 1999 avec l'imparable If I ever feel better, se sont immiscés sans crier gare le 25 mai 2009 (voire le 23 février avec la publication gratuite de 1901) au Panthéon de la pop.
Prétentieux de prime abord, le titre de l'album situe sans ambiguïté le challenge relevé. Et réussi.
En effet, de Litzomania à Armistice, aucun titre ne jure dans cette production millimétrée par Philippe Zdar (de Cassius). Patient, mesuré, adapté, juste et rigoureux, le LP distille avec une expérience en rien prétentieuse une leçon de pop inspirée. Osant même chasser sur les terres américaines le 4 avril 2009, avec un passage extraordinaire au Saturday Night Live de NBC, Phoenix démontre avec brio qu'il mérite un statut qu'il ne revendique pas : celui de groupe français de cette fin de décennie.
Leur récent live à La Cigale n'a d'ailleurs pas manqué de confirmer l'aisance énervante du groupe - sauf ce gros plantage sur Love Like a Sunset qui ressemblait à une grosse bouillie. Même les sourires de Sofia Coppola en coulisse n'ont pas réussi à éclipser le naturel éblouissant des versaillais.
Les esprits chagrins relèveront avec une certaine perfidie la capacité du groupe à remplir leurs albums de titre, au final, identiques (homogènes ?)... ou noteront avec acidité la relative faiblesse des trois derniers titres.
J'assume pour ma part une position totalement dénuée d'objectivité en rappelant que la scène française ne nous avait pas servi d'OVNI de cette taille depuis des années, méritant ainsi de ne pas céder à cette habitude détestable de tout critique en herbe : parsemer son appréciation de contrepoints négatifs pour (tenter de) faire preuve de pertinence.
Je vous avouerai donc dans cette production de haute tenue, ma totale fascination pour Fences, qui mêle avec une dextérité et une maturité hors norme les basiques de le pop : un refrain entêtant et rafraîchissant soutenue par une rigueur rythmique sans faille.
Au final, l'achat de l'album paraît incontournable en cette année 2009, sauf à vouloir vivre hors de l'air du temps si savamment capté par Thomas Mars et sa bande (ou à s'exposer à un passage en correctionnelle au visa de la loi Hadopi 2).

