mercredi 30 avril 2008

Goldfrapp - Seventh Tree (2008)

A chacun ses marottes. Certains - contemplatifs - sont capables de trouver un sens au moindre assemblage abstrait de formes et d'en déduire une volonté, certaine ou supposée d'un artiste. Ils sont d'ailleurs capables des meilleures réalisations au stylo bic, lors d'ennuyeuses réunions de bureau, assemblant les formes géométriques les plus diverses pour s'échapper du propos ennuyeux du service comptable. D'autres, au contraire, ne trouvent grâce qu'aux seules représentations figuratives, et s'amusent d'ailleurs à transformer les repas de famille en séance de photographie digne d'une montée des marches du festival de Cannes, afin de conserver un souvenir précis de chaque instant et d'interdire toute construction approximative ultérieure des 89 ans de la grand-tante.

A titre tout à fait personnel, je me fiche qu'une photo, une peinture représente ou non quelque chose, qu'une musique réponde avec rigueur aux canons d'un style. Ce qui m'importe c'est que l'on me raconte une histoire, une tranche de vie, une émotion.

Et ce "septième arbre", quatrième opus de Goldfrapp directement inspiré de l'univers onirique d'Alison Goldfrapp, raconte énormément, chaque titre ouvrant la porte sur un champ du possible. Sur un univers parallèle crédible, si crédible qu'il pourrait se confondre avec la réalité. Crédible à excepter cette touche d'excentricité qui transcende l'ensemble de l'album, une touche qui transparaît de ce grain de voix sensuel, à la tessiture quasiment aussi élargie que sa compatriote Kate Bush.

Supernature balayait en 2005 des terres arides - comparables aux contrées dévastées et anarchiques de Cormack Mac Carthy. Seventh Tree, au contraire, tressaille de notes printanières, suaves, promenant son auditeur de plaines verdoyantes en plaines verdoyantes, noyées sous les teintes orangées d'un soleil couchant du mois de mai.

Incontournable, Happiness concentre excentricité, onirisme et pulsations vivifiantes (voire sautillantes). Les crachouillis d'un saphir contre les spirales d'un vinyle de l'intro d'Eat Yourself, mâtinées de sonorités extirpées de 33 tours des années 70, renvoient, pour leur part, implacablement aux premières expériences musicales des trentenaires futurs quadra.

La haute voltige vocale de Cologne Cerrone Houdini force également le respect. Les lignes de basses langoureuses ne mènent pas directement vers Sébastien Tellier (quoiqu'on aurait bien vu surgir le barbu de derrière un drap de soie tendu par une des nappes sonores enveloppant le morceau), mais vers des rives tendres qui ne sont étrangères ni au futur candidat de l'Eurovision, ni à John Barry.

Road to Somewhere se révèlera, enfin, parfait compagnon de vos premiers bains de soleils 2008, envahissant d'espoir et débordant de générosité. Allez, qui se dévoue pour accompagner Alison (ou tout autre muse) sur Mercer Street jusqu'au prochain arrêt de bus pour quelque part ?

Avec tout le respect du à l'avis contraire de krinein.com, la carrière des Goldfrapp ne me semble pas compromise avec ce CD, bien au contraire. Ceux-ci n'ont pas encore atteint leur seuil de Peter de l'électro, ce LP satisfaisant sans nul doute contemplatifs et figuratifs, qui s'accorderont sur l'étonnante capacité des Goldfrapp à concentrer autant de bonheur en si peu d'espace.




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vendredi 25 avril 2008

dEUS - Vantage Point (2008)

Eclaircissons tout de suite un point : vous ne trouverez pas de critique totalement négative, dégradante ou humiliante dans ce blog car j'adore parler des trains qui arrivent à l'heure (c'est pourquoi aucun journal ne me proposera jamais de faire des piges).

Vantage Point (titre inspiré par le nom du studio où les dEUS ont enregistré l'album) se range, vous l'aurez compris, dans une catégorie que j'estime "supérieure" (comme le jambon ou le bordeaux, selon les goûts, l'envie et l'ordre que l'on consacre aux choses de la vie).

J'annonçais avec envie la sortie du prochain album des belges dans une critique du 1er décembre 2007. L'attente a payé : Tom Barman a réussi à réanimer (et recomposer un groupe) qui a toujours semblé bien moribond entre chaque production. L'histoire de dEUS s'articule en effet autour de tensions, de départs, d'ego, dans lesquels le leader a semblé se perdre.

Bilan : un nouvel LP en 2008 autour d'une formation stabilisée, homogène, travaillant vite et surtout inspirée. Saisissons nous d'abord des titres phares de l'album, The Architect et Slow.

Le premier, aux rythmiques mécaniques et automatisées, non loin des ressuscités Devo, distribue la pensée d'un architecte aux relents maçonniques, entre interrogations métaphysiques et réponses toutes faites. What the Architect doing ? Je vous le demande bien... Il doit être au 3ème étage, en train de remplacer l'ampoule du palier.

Slow, plus sombre, à contretemps, se répand avec méthode à travers les écouteurs, les refrains cold wave soutenant avec pertinence le propos des anversois. Le titre capture l'auditeur durant 6 minutes 8 et distille un lent poison dont je vous laisse présumer la teneur.

Le reste de l'album finit de convaincre. dEUS est toujours Alive & Kicking (comme soutenaient à leur époque les simples d'esprits écossais), ce malgré sa recomposition, et concilie avec une aisance toujours aussi déconcertante sonorités pop rock accrocheuses et écriture écorchée vive.

L'obsédante et printanière balade Smokers reflect aurait pu conclure en toute évidence l'album avec brio, abandonnant ses auditeurs sur des rivages ouatés (même si Popular culture, enlevé, inspiré, militant, n'a rien de secondaire dans le LP).

D'une manière purement gratuite, terminons sur une impression : l'incertitude actuelle des belges dans leur propre programmation sur scène au Trabendo (Paris) me laisse juste à penser que Tom Barman n'a pas fini de s'énerver sur l'ordre des titres lors des prestations scéniques du groupe. dEUS n'en aurait-t-il donc pas fini avec ses vieux démons ?





Site non officiel http://www.deus-fr.net/
Interview fracassante des Inrocks http://www.lesinrocks.com/index.php?id=62&tx_article[notule]=207984&cHash=ab60754a29
Prenez votre lampe de poche et votre truelle pour regarder la vidéo http://www.youtube.com/watch?v=k2CFDsG_oxg

mercredi 23 avril 2008

MGMT - Oracular Spectacular (2007)

Retour des critiques après quelques mois de suractivité hors la blogsphère... Initions cette reprise avec le premier album ludique d'un groupe au nom imprononçable pour les non-initiés.


Proclamés "priorité électro-rock" par Le Monde (édition datée du 28 fév. 2008), MGMT (connus précédemment sous le nom de The Management - vous utiliserez donc ce nom pour les désigner sans avoir l'air idiot) revisite, voire éclaire, le registre pop planant des seventies et des eighties.

Ces étonnants New-Yorkais balayent en un album les sonorités hantant encore notre mémoire collective. Le patchwork ainsi réalisé surprend tout d'abord par son hétérogénéité. Cette sensation de grand zapping entre les Floyds de More (Weekend Wars) et les sons acidulés early eighties (Electric Feels) flanque une incroyable sensation de vertige.

De fait, on zappe d'un morceau à l'autre, on s'impatiente... s'interrogeant sans cesse sur la consistance du morceau à venir, sur le riff ou la sonorité du XXe que ces jeunes gens ont décidé de saisir, d'étendre et de transformer à leur sauce. La patience paie pourtant.

Décrypter en profondeur ce gigantesque puzzle où les morceaux s'enchaînent sans se ressembler, où les Beatles (The Handshake) se disputent aux Stones (Pieces of What), où les sons d'Atari 2600 (Future Reflexions) se frottent aux guitares country (The Youth), amuse autant que de démonter le vieux Meccano de notre enfance (mais oui, celui qui était censé de servir de grue/vaisseau spatial/voiture de police/avion de chasse), retrouvé par hasard dans la cave de nos parents.

La sensation première de désordre s'organise progressivement et laisse place à un souffle. Le souffle de toute une tripotée de jeunes artistes d'outre-atlantique (Vampire Weekend, Chairlift), bien décidés de se saisir des codes savamment élaborés par leurs aînés pour les imploser avec rigueur et méthode. Ainsi, le single Electric Feels se présente comme la plus parfaite recomposition d'une époque, assumant notes fluos, battements haletants (dignes du mythique Running up that Hill de Kate Bush) et lignes de basse claire avec une désinvolture entêtante, un aplomb tel que le titre mériterait d'être choisi comme hymne d'une génération élevé à la Britpop.

Le tour des pistes réalisés, on se saisit à nouveau du boîtier cristal. Et là surprise. L'illustration du LP prend tout son sens car elle résume parfaitement le spectacle sonore habilement composé par Andrew Vanwygarden et Ben Goldwasser : a priori totalement incohérent, en réalité brillamment synthétique. Donc parfaitement moderne.



Laissez-vous tenter par une critique mieux documentée et plus érudite d'Oracular Spectacular > Des oreilles dans Babylone
Sans oublier leur espace (avec un fond d'écran digne du web de 1996) > Myspace des MGMT
Moi, je vous dis que c'est Electric Feels qui rafle la mise sur ce LP > Sur Lastfm.fr /// I said oooh girl, shock me like an electric eel !!!

 
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