A chacun ses marottes. Certains - contemplatifs - sont capables de trouver un sens au moindre assemblage abstrait de formes et d'en déduire une volonté, certaine ou supposée d'un artiste. Ils sont d'ailleurs capables des meilleures réalisations au stylo bic, lors d'ennuyeuses réunions de bureau, assemblant les formes géométriques les plus diverses pour s'échapper du propos ennuyeux du service comptable. D'autres, au contraire, ne trouvent grâce qu'aux seules représentations figuratives, et s'amusent d'ailleurs à transformer les repas de famille en séance de photographie digne d'une montée des marches du festival de Cannes, afin de conserver un souvenir précis de chaque instant et d'interdire toute construction approximative ultérieure des 89 ans de la grand-tante.
A titre tout à fait personnel, je me fiche qu'une photo, une peinture représente ou non quelque chose, qu'une musique réponde avec rigueur aux canons d'un style. Ce qui m'importe c'est que l'on me raconte une histoire, une tranche de vie, une émotion.
Et ce "septième arbre", quatrième opus de Goldfrapp directement inspiré de l'univers onirique d'Alison Goldfrapp, raconte énormément, chaque titre ouvrant la porte sur un champ du possible. Sur un univers parallèle crédible, si crédible qu'il pourrait se confondre avec la réalité. Crédible à excepter cette touche d'excentricité qui transcende l'ensemble de l'album, une touche qui transparaît de ce grain de voix sensuel, à la tessiture quasiment aussi élargie que sa compatriote Kate Bush.
Supernature balayait en 2005 des terres arides - comparables aux contrées dévastées et anarchiques de Cormack Mac Carthy. Seventh Tree, au contraire, tressaille de notes printanières, suaves, promenant son auditeur de plaines verdoyantes en plaines verdoyantes, noyées sous les teintes orangées d'un soleil couchant du mois de mai.
Incontournable, Happiness concentre excentricité, onirisme et pulsations vivifiantes (voire sautillantes). Les crachouillis d'un saphir contre les spirales d'un vinyle de l'intro d'Eat Yourself, mâtinées de sonorités extirpées de 33 tours des années 70, renvoient, pour leur part, implacablement aux premières expériences musicales des trentenaires futurs quadra.
La haute voltige vocale de Cologne Cerrone Houdini force également le respect. Les lignes de basses langoureuses ne mènent pas directement vers Sébastien Tellier (quoiqu'on aurait bien vu surgir le barbu de derrière un drap de soie tendu par une des nappes sonores enveloppant le morceau), mais vers des rives tendres qui ne sont étrangères ni au futur candidat de l'Eurovision, ni à John Barry.
Road to Somewhere se révèlera, enfin, parfait compagnon de vos premiers bains de soleils 2008, envahissant d'espoir et débordant de générosité. Allez, qui se dévoue pour accompagner Alison (ou tout autre muse) sur Mercer Street jusqu'au prochain arrêt de bus pour quelque part ?
Avec tout le respect du à l'avis contraire de krinein.com, la carrière des Goldfrapp ne me semble pas compromise avec ce CD, bien au contraire. Ceux-ci n'ont pas encore atteint leur seuil de Peter de l'électro, ce LP satisfaisant sans nul doute contemplatifs et figuratifs, qui s'accorderont sur l'étonnante capacité des Goldfrapp à concentrer autant de bonheur en si peu d'espace.
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