mardi 20 décembre 2011

Samsung - Galaxy Note (2011) vs Apple - iPhone 4 (2010)

Est-ce que le sens de l'histoire habite encore Apple ?

Flashback sur les années 80, et l'apparition fin 1983 du Macintosh.

Les observateurs de l'époque étaient alors éberlués par la bouille sympathique d'une machine parlante, conviviale, bourrée d'astuces ergonomiques, cristallisant enfin une image opposée à IBM, le big brother désigné de l'époque.

Que reste-t-il de l'essence de la firme magique des années 80, qui a su renaître de ses cendre au début des années 2000 ?

Une maîtrise époustouflante de l'industrie : la production de masse d'objets aussi complexes, aussi bien finis, à l'utilisation aussi claire, reste exceptionnelle.

Mais plus unique.

Car la singularité de la firme de Cupertino s'est effritée : auparavant marque confidentielle, adulée des artistes, elle est devenue productrice d'objets de masse. Et donc quelque part totalitaire.

Sans revenir sur les diverses affaires et les soupçons d'abus de position dominante (soupçons consubstantiels à tout succès économique de longue durée), l'image d'Apple est troublée par son modèle économique. Outre sa rigidité et son apparente cupidité, l'Appstore récoltant 30% de toute vente, la Pomme semble stériliser toute pensée en évitant de présenter en boutique des applications offensantes, faisant l'apologie de la concurrence ou politiquement incorrectes. On pense naturellement à des applications présentant des bimbos dans des positions suggestives. Mais pas que. Des magazines traitant d'Android ou de simples caricatures se sont vus retirés de l'étagère virtuelle pour avoir enfreint l'iPhone Developer Program License Agreement.

Alors oui, Apple n'est pas une association de gentils philanthropes. Mais l'image patiemment construite de marque tolérante, sympathique et mondialisée se trouve méchamment écornée.

Et pendant ce temps, la concurrence, sur un fond une guerre acharnée juridique, a eu le temps d'emporter une autre bataille, technologique.

La prise en main du Samsung Galaxy Note ne laisse aucun doute là-dessus : outil fluide, puissant, ingénieux, il libère la puissance du web dans un format atypique.

Les 5,3 pouces de l'écran, lumineux et très bien défini, emportent la conviction. La maturité d'Android ne laisse plus de doute aux lassés des iPhone engourdis par des iOS surdimensionnés pour la maigre puissance de leur 3GS. Regardez les fonds d'écran animés s'adaptant aux prévisions météos pour être convaincu que l'inventivité ne réside plus simplement sur la côté ouest des Etats-Unis.

La prise en main reste sujette à critique (l'outil est large), mais la légèreté, la finesse, les capacités et l'utilisation intuitive compensent largement ce parti pris.

Enfin, l'ouverture du marché d'Android reste enviable. En passant d'iOS à Android, on a d'ailleurs le sentiment de passer d'un Disneyland stérilisé à un environnement polymorphe, moins rassurant mais apparemment plus libre.

Apple est donc clairement débordé. L'air du temps passe pour ce set à la concurrence, même si l'évolution de l'écosystème bâtit au 1 Infinite Loop (autour d'un iCloud simplissime) et l'apparition de l'usine à blanchir les MP3 (iTunes Match) sont susceptibles, à nouveau, de modifier la tendance en 2012.

N'oublions pas d'ailleurs que Google affronte aussi ses propres démons. Est-il logique de se méfier d'Apple  en cédant aux tentaculaires services de Google, à la mémoire indélébile ?

Prenons juste garde à ne pas répandre toute notre identité numérique dans le "cloud". Une grande part d'intimité mérite d'être conservée à l'ancienne : dans un album photographique bien physique, dans un calepin et surtout... dans notre mémoire.

dimanche 11 décembre 2011

BERG Cloud - Little Printer (2012)

Les promenades numériques dans les réseaux sociaux révèlent souvent le pire, comme le meilleur.

Nous sommes tous déjà tombé sur les photos de soirées avinées de proches ou de parfaits inconnus, sur le lolcat du moment, sur la chaîne-à-ne-pas-rompre-sinon-un-piano-va-tomber-sur-votre-tête et j'en passe.

Ce flot cache pourtant parfois quelques rayons de soleil qui nous rappellent un truisme : cet énorme bazar n'est que le reflet de notre pâle humanité.

Et dans le rayon "fascination pour les trucs qui ne servent à rien", la "little printer", trouvée par hasard sur Twitter, remporte .

Revenons aux bases : ce bidule ressemble furieusement aux premières imprimantes personnelles pour ZX-81 & co avec leurs systèmes d'impression thermique, abandonnés depuis aux seuls terminaux de paiement. Avec, d'ailleurs, un design proche du matériel à la mode durant ces douces années 80, fait d'angles rugueux et de couleurs blafardes.

Le génie de cette petite imprimante, c'est qu'elle ne servira évidemment pas à reproduire le dernier Powerpoint de votre brillante équipe de consultant. Sa vocation consiste à matérialiser toutes ces informations égarées dans le cloud, votre liste de course, le temps qu'il fait, les derniers cours de la bourse et conclut le tout par un sourire discret digne d'Edgar d'Electric Dreams.

Et c'est ce contre-pied qui est fabuleux ! Alors que nos iBazar et Galaxy Daube concentrent de plus en plus d'informations égarées dans les recoins de nos espaces, physiques et logiques, nos petits consultants de Berg se sont précipités à recomposer, sur des gammes délicieusement rétros, un objet aux antipodes des écrans Retina.

"Low Tech is The New High Tech" lance The Evening Standard. Et c'est bien ce mouvement pendulaire de l'histoire que l'informatique subit, des claviers pour gamers qui font de vrais clics-clics aux Commodore 64 boostés à coup de Intel i7 ou aux jeux récents qui auraient pu être créés par David Crane.

Alors évidemment, tout cela révèle naturellement de la nostalgie ("c'était mieux avant", "au moins on s'amusait des trois pixels monochromes que la télé recrachait avec peine", "le minitel se connectait du premier coup") mâtinée d'une régression quasi enfantine.

Au-delà, ce gadget illustre les limites atteintes de la virtualisation (réelle, rêvée, fantasmée ou crainte). La mécanique de nos cinq sens reste indispensable pour s'approprier l'environnement et la complexité des informations recelées.

De plus, que retiendra l'histoire de l'immatériel ?

Si ça se trouve, l'homo-sapiens du Magdalénien a peut-être éprouvé le même sentiment de perplexité devant la futilité des peintures répandues dans les grottes de Lascaux.

Une certitude : la "little printer" ne laissera pas de traces indélébiles à nos descendants, l'impression thermique étant par nature éphémère.

Merci donc d'éviter de rédiger les futurs manuscrits de la mer morte sur votre page Facebook et de les imprimer ensuite sur votre petite imprimante. Y'a un risque de passer à côté de quelque chose d'important.

vendredi 11 novembre 2011

M83 - Hurry Up, We're Dreaming (2011)

Il y a parfois des paradoxes sympathiques.

Quand je lis l'interview d'un jeune gars talentueux comme Anthony Gonzalez (aka M83) qui affirme dans un article egocentré "J'ai toujours eu le sentiment que ma musique était moins forte, moins belle que celle des autres. Quand j'écoute les Fleet Foxes ou Emeralds, je me dis que je ne suis qu'une merde. Je commence à mieux le vivre, mais j'ai toujours eu du mal à m'assumer", et bien je trouve cela rassurant.

Les commentateurs bon teint des blogs (aka les trolls) pourront toujours juger qu'il n'a pas inventé l'eau tiède : la démarche artistique, consistant à s'exposer, à livrer sa vision du monde, est toujours risquée. La critique ensuite est aisée. Faut-il juste s'en tenir à l'oeuvre...

Et ce sixième album mérite que l'on s'attarde quelques minutes (heures ?) à son contenu. En résumé, la galaxie en spirale Messier 83 (ayant a priori inspiré le baptême du groupe) illustre assez bien le résultat : tentaculaire.

Anthony Gonzalez (sans son compagnon de route Nicolas Fromageau, parti pour d'autres aventures avec Team Ghost) aspire en son centre la quasi intégralité des teintes musicales d'il y a trente ans, pour les illuminer en un magma "grandiloquent, beau et assumé" (les Inrocks, n°832, p.86).

Se mélangent ainsi des couleurs mâtinées de New Order (les synthés de Intro), de Men at Work (les leads vocaux du single Midnight City), de U2 (les riffs de Reunion), de Level 42 (les slaps de Claudia Lewis), de Tears for Fears (le souffle de New Map), de Huey Lewis & The News (les synthés de OK Pal), de Vangelis (Another Wave from You), de Talk Talk (le piano mélancolique de Splendor) dans un tableau hétéroclite brossant à grands traits l'imagerie anglo-saxonne et américaine distillée sur MTV dans les 80's, décennie de naissance du sieur Gonzalez.

La fusion rétro s'avère plutôt réussie pour les fans de shoegazing, ayant grandi ou baigné dans des nappes naïves s'échappant des Roland et autres Yamaha, soutenues par des touches Rock FM de Stratocaster rutilantes.

L'album passe un véritable mur de son. Il remplit la tête et les yeux d'étoiles. Il renverra même les quadras aux aspirations démesurées qu'ils entretenaient adolescents, lorsqu'ils vissaient leurs walkman sur les oreilles et regardaient au loin l'horizon en allant au collège ou au lycée.

Venons-en aux défauts.

L'histoire qui nous est contée, en deux cédés quand même, n'est rien d'autre qu'un de ces road movies assemblant des morceaux de vies hétérogènes, dans l'espoir de créer du sens.

Au final, persiste donc une impression de scénario infusé dans des pages écrites par Luc Besson, c'est-à-dire bourré de brefs morceaux de bravoure, juxtaposés pour leur seule valeur choc. Sous un prétexte contemplatif, soutenu par la méthode d'écriture - deux nuits dans le désert de Joshua Tree pour se lancer ensuite dans la composition, il nous est livré un LP très illustratif, plastique dont il n'émerge qu'un hédonisme et une urgence acceptés, finalement très typiques de la dizaine d'années post-choc pétrolier.

Pour sincère que soit la démarche, on reste donc sur sa faim, en ne trouvant pas le ciment narratif qu'avait su insuffler MGMT dans l'extraordinaire patchwork d'Oracular Spectacular en 2007.

La maîtrise des bases electro et ambient d'Anthony Gonzalez n'en demeure pas moins époustouflante et l'envie (la boulimie) du bonhomme nous promet de belles pistes à venir.

 
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